Philippe Besson. Son dernier roman dresse, sous la forme épistolaire, le portrait d'une femme quittée mais pas rompue, qui décide d'aller jusqu'au bout de son chagrin... pour mieux renaître

: I. DE MONTVERT-CHAUSSY


L'invention de l'après
Elle a aimé, Louise. Elle a aimé en coulisses, en attente perpétuelle, en suspens. C'est une histoire simple, pas de quoi faire des grimaces, une femme a aimé un homme qui est parti. Alors elle est partie. Loin d'abord, loin des horizons qui avaient pu garder une mémoire de leurs amours, loin des villes où ont frissonné leurs corps d'amants heureux. Dans cette grande déchirure, elle est seule, Louise. Qui peut partager la nostalgie de leur aventure, qui peut comprendre ces reflux de souvenirs mieux que Clément ? Alors elle lui écrit. Pour rien, pour diluer la souffrance, pour que les moments heureux restent des moments heureux. « Parce qu'il faut arranger ses souvenirs, sans ça la vie n'est pas supportable. »
Au fil de ses errances, Louise déploie une architecture du courage. Sa première lettre, elle la date de La Havane, vierge de souvenirs communs. Elle s'enhardit, va jusqu'à New York, territoire de leurs amours passées, où elle déambule, cassée, comme une somnambule qui refuse de se réveiller parce que le rêve lui plaît. Pourtant, et Louise va le réaliser progressivement, dans leur vie à deux, il y a eu beaucoup de concessions uniques, beaucoup de déceptions, de solitudes. Mais il y avait l'amour, et une femme amoureuse s'oblige à beaucoup de renoncements.


L'homme des femmes. Philippe Besson joue toujours sur le registre des émotions changeantes, et ses personnages féminins sont dessinés dans la nuance. La femme en robe rouge de « L'Arrière-Saison », la soeur de Rimbaud dans « Les Jours fragiles » Julie et Guillaume Depardieu interprètent Isabelle et Arthur Rimbaud dans un film à sortir cette année , des femmes aux apparences trompeuses, bouillantes sous un visage impassible, comme Corinne Villemin dans « L'Enfant d'octobre », volontaires derrière leurs airs effacés, subtiles là où elles feignent de plier.
Pour se résoudre aux adieux, Louise cherche la rédemption par les souvenirs, là où d'autres s'efforceraient de les effacer, Louise s'oblige à une incroyable force mentale dans sa volonté de briser le mythe amoureux sans lui ôter sa beauté. Une lente remontée à la surface qui n'est pas sans similitude avec le très beau texte de Marcelle Sauvageot, « Laissez-moi ». Ce romantisme délétère, qui correspond au charme du portrait de couverture, une reproduction de Naviasky, a de subtiles résonances puisées davantage dans la littérature russe que chez Chardonne, dont pourtant, en voisin de naissance, Philippe Besson se revendique volontiers.
« Se résoudre aux adieux »,
de Philippe Besson, Julliard, 188 pages, 18 euros.

« Pour se résoudre aux adieux, Louise cherche la rédemption par les souvenirs »

Sud Ouest - Dimanche 14 janvier 2007

 

Se résoudre aux adieux

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