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la
fragilité aussi. Mais sa ténacité,
son indépendance, son refus pathétique,
l’apparentent au sexe fort. Comme si Philippe
Besson, après s’être projeté
dans le personnage paradoxal de la sœur d’Arthur
Rimbaud (Les jours fragiles), voulait en finir
une bonne fois avec les poncifs du Masculin et
du Féminin. La Havane, New York, Venise,
Paris : pendant quatre ans, comme on marche dans
le désert, Louise s’obstine à
écrire. Pourquoi ?
Sans excessive pudeur, avec une certaine retenue
tout de même, Louise écrit à
l’homme qui l’a abandonnée.
Les mots vont peut-être la délester
de la douleur si elle les manie doucement, si
elle préserve le sursaut de vie qui la
conduit à la page blanche… Dans le
malheur, elle a la chance d’être la
correspondante d’un journal pas trop «
intello », ce qui l’aide à
maintenir, hors du port parisien, une distance
salvatrice. |
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Se
résoudre aux adieux
Philippe Besson
Ed. Julliard, 188 p., 18,10€
«
Des paroles sans destinataire ne sont pas
vraiment des paroles. Sans écho,
elles se perdent. » Sous sa présentation
de roman par lettres, le dernier livre de
Philippe Besson n’emprunte guère
à un genre cher au XVIIIe siècle.
C’est la mise en abyme d’un
roman dont on devine la publication aux
dernières pages, ou un questionnement
sur l’écriture à travers
des lieux qui sont autant de liens à
défaire : pour écrire, ne
faut-il pas revisiter et quitter ?
L’épistolière est une
femme. Elle en a la douceur, la docilité
apparente,
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Si
elle évoque « ces gamins faméliques
à qui l’on octroie seulement quelques
grammes de nourriture, pour qu’ils ne
s’étouffe pas alors qu’ils
viennent d’échapper miraculeusement
à la mort », c’est qu’elle
se voit à travers eux. Rien du reportage.
Juste un combat à une échelle
ou chaque instant invite à « se
souvenir que Proust avait raison, que les moments
du passé resurgissent à cause
d’un détail ».
Deux ans après le faux journal des Jours
fragiles, ces fausses lettres se lisent aussi
comme une confidence de Philippe Besson au lecteur.
On y touche la vérité d’une
écriture sur le point de pulvériser
les digues du « bien écrire ».
Le trait tourne, hésite. C’est
une boucle très lente de la vie à
la vie. Ou un saut périlleux qui défie
le chute.
Nadine
Sautel
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