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La
femme brisée
Sous la forme épistolaire, le roman du calvaire
et de la résurrection d’une femme abandonnée
par son amant, sauvée par l’amour et l’écriture.
Du grand Besson.
Après son escapade controversée chez Grasset pour
l’Enfant d’octobre, roman inspiré de la désastreuse
affaire Villemin, le stakhanoviste Philippe Besson reprend sa
route chez Julliarde, avec Se résoudre aux adieux, son
septième roman chez le même éditeur. Tout
en finesse psychologique, en nuances, délicatement ciselé
dans une forme(le roman épistolaire) rien de moins qu’évidente,
la quintessence de la manière bessonienne.
Abandonnée
par Clément, son amant retourné chez Claire,
sa femme « régulière », Louise se
sent brisée, laide, vieille, vide. Elle croit qu’elle
n’aura jamais d’enfant. Seul son travail de journaliste
free-lance dans des magazines féminins la rattache
à la vie et au monde. Mais, grâce à internet,
elle peut l’exercer partout. Alors Louise utilise l’argent
de son héritage paternel pour partir en voyage. Non
point afin d’oublier, mais plutôt d’aller
jusqu’au bout de sa douleur. Car que ce soit à
Cuba, qu’elle découvre pour la première
fois, à New-York (où elle retrouve partout les
traces de Clément), ou à Venise, elle emporte
avec elle sa mélancolie, ses souvenirs, voire sa rancune.
Alors elle prend sa plume, et de partout elle écrit
à Clément des lettres dont elle ignore si les
lira jamais , et même si elle le souhaite ou non. Ca
dépend des intermittences de son cœur. Elle lui
raconte ce qu’elle voit, ce qu’elle fait , les
rencontre auxquelles elle n’est pas prête : comme
ce beau jeune Vénitien au café Florian, étudiant
en littérature française, qui la drague et à
qui elle se refuse. Mais surtout elle revit leur relation
amoureuse, de son point de vue à elle. Ses attentes,
ses espoirs, les dérobades et les mensonges de Clément.
Puis son départ final.
Elle flirte avec le suicide, mais cette correspondance à
sens unique lui tient lieu de thérapie. Et enfin, un
jour elle rentre en France, avec le mythique Orient-Express,
voyage de luxe qui marque le début de sa renaissance.
La revoici à Paris, où elle s’étourdit
de travail, et rencontre un autre homme, Vincent. Qui n’a
rien de commun avec Clément, si ce n’est le regard.
Apaisée, réconciliée avec elle-même,
heureuse enfin, elle se plaît à imaginer le jour
où, inévitablement, elle croisera à nouveau
Clément. Ce qu’ils se diront, parce qu’il
aura lu ses lettres… Fin d’un travail de deuil
amoureux.
Expert dans l’art de fouiller les cœurs et les
âmes, maître de l’analyse psychologique,
romancier de l’empathie, Philippe Besson a imaginé,
avec Se résoudre aux adieux, une de ces histoires tristes
dont il a le secret. Même si, pour une fois, le roman
se termine bien. On se croirait parfois chez Sagan. «
Un peu de soleil dans l’eau froide », en quelque
sorte.
Jean
-Claude Perrier
Livres
Hebdo
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