| |
Philippe
Besson se frotte au genre épistolaire
BRUXELLES
Les jours fragiles, L'arrière-saison, En l'absence
des hommes : il y a comme un air de famille dans les
titres des livres de Philippe Besson qui y ajoute aujour-d'hui
Se résoudre aux adieux, petite phrase joliment musicale
qui rendait en son temps bien perplexe une certaine Françoise
Hardy... Celle qui ne peut tirer un trait sur son passé
trop douloureux, trop amoureux, s'appelle Louise. Comme l'héroïne
de L'arrière-saison, d'ail-leurs. Elle a vécu
une passion, bouleversante. De celles dont on ne se remet
pas. C'est pourtant sa rééducation au monde
qu'écrit Philippe Besson qui se glisse, une nouvelle
fois, dans l'âme d'une femme et en manie la plume. Puisque,
pour la première fois, il se frotte à un nouveau
genre : le roman épistolaire, qui depuis Lettres
d'amour en Somalie , de Frédéric Mitterrand,
lui faisait envie...
"J'aimais l'idée de cet homme qui écrivait
des lettres après une séparation, tout en se
confrontant à ce pays avec l'idée que la misère
du pays serait plus violente que son propre chagrin... Ce
qui est évidemment faux. Personnellement, j'adore les
lettres, j'en écris beaucoup, et je savais que je m'en
servirais dans un livre, un jour. Par ailleurs, la géographie
a toujours été importante, dans mes livres.
Mais d'habitude, elle est immobile et là, elle est
nomade. Mais la gageure absolue du livre, c'était de
prendre la voix d'une femme. J'avais en tête que j'aurais
réussi mon coup si on me dit qu'on a l'impression que
c'est une femme et pas un homme qui a écrit ce livre...
"
Ces lieux visités sont des endroits que vous aimez
et que vous connaissez ?
"Oui, et ça a été difficile pour
moi, parce que j'ai l'habitude de choisir des endroits que
je ne connais pas pour ne pas être corseté par
le réel. Là, comme c'est un livre qui ne fonctionne
que sur l'émotion, le souvenir, la douleur partagée,
il fallait que je sois en phase avec ces lieux-là et
qu'ils soient porteurs de mes propres souvenirs. Il fallait
que la géographie s'adapte aux États par lesquels
elle passe ."
Donc La Havane...
"Qui est une ville que j'adore profondément, où
je suis allé une dizaine de fois. Cet endroit plein
de beauté, de sensualité, écrasée
de chaleur. Là, le décalage horaire est suffisamment
fort pour qu'elle se sente en rupture. Parce que c'est là
le point de départ : elle veut quitter cet endroit
où elle est enkystée dans la souffrance. Elle
choisit l'ailleurs le plus lointain et le plus étranger
."
C'est une démarche que vous pourriez faire ?
"Oui, mais c'est une démarche assez universelle.
Mais c'est quand on s'est choisi un exil que l'on se rend
compte que tous les exils sont illusoires puisque notre enracinement,
il l'est au chagrin... Mais, oui, je comprends cette démarche,
puisque je l'ai faite !"
New
York, ensuite...
"Parce que c'est un lieu de souvenir qu'elle partage
avec son ancien amant. Elle explore une autre forme de thérapie,
de manière presque masochiste. Et puis, c'est une ville
suppliciée par le 11 septembre. Elle pense que ce sera
plus fort que son chagrin personnel . Enfin, New York c'est
la ville sur laquelle on a tous envie d'écrire, un
jour... Ce qui m'a sauvé, c'est qu'elle est touriste
dans tous ces endroits et qu'elle peut la regarder comme telle.
"
Idem pour Venise, alors ?
"Oui. Et puis, il y a cette folie de l'Italie, chez moi.
Et chez elle, c'est un élan masochiste. Je rappelle
d'ailleurs la chanson d'Aznavour qui dit C'est triste Venise
quand on ne s'aime plus. Pourtant, quand elle y est, elle
se souvient du bonheur. "
Encore
une phase par laquelle on passe tous : se souvenir des belles
choses...
"Oui. Il y a des étapes dans le deuil amoureux
: la souffrance pure, la rancoeur, des moments bravaches.
Et puis, un jour, on donne une autre place à l'absent.
Il ne nous blesse plus..."
Philippe Besson, Se résoudre aux adieux, Julliard.
Propos recueillis par Isabelle Monnart
LA
DERNIERE HEURE du 26 janvier 2007
|
|