| PHILIPPE BESSON
Dans la peau d’une femme
Par Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
La présentation de l’adaptation théâtrale
de son
roman Les Jours fragiles au théâtre Prospero
et la sortie de son nouveau roman, Se résoudre aux
adieux, ont fourni deux excellentes raisons à l’écrivain
Philippe Besson de traverser l’Atlantique.
Le jeune auteur est fébrile. Pour la première
fois, dans quelques heures, il rencontrera sur scène,
et cette fois comme spectateur, les personnages qui ont fait
son roman Les Jours fragiles, imaginant les derniers jours
du poète Arthur Rimbaud.
Mise en scène par David Lavalou, cette adaptation
est présentée pour la première fois à
Montréal.
«J’ai trouvé chez ce metteur en scène,
explique-t-il, un même regard que le mien sur Rimbaud.
Je sais donc assez bien à quoi m’attendre. Que
mon roman soit adapté à la scène est
pour moi un honneur. Ça me va très bien d’être
dépossédé de mon œuvre. Le cordon
ombilical se coupe, selon moi, dès que le livre est
achevé et en vente dans les librairies. Le lecteur
se l’approprie et le lit en y ajoutant des références
à sa propre histoire. Un roman n’est plus jamais
le même dès qu’il fait apparaître
chez les autres des images de leur vie.»
Les lettres de louise
Philippe Besson a cette fois pour les besoins de son 5e roman,
Se résoudre aux adieux, l’audace de se glisser
dans la peau d’une femme.
Il emprunte à Louise sa plume et s’engage dans
une relation épistolaire avec Clément, l’amant
qui vient de la quitter. La forme n’est pas nouvelle
et le procédé a été vu mille fois,
mais Besson a ceci d’exceptionnel qu’il sait admirablement
bien emprunter les sentiments d’une femme.
«Philippe Besson est un spéléologue de
l’intime», a dit de lui Bernard Pivot. L’écrivain
semble assez d’accord avec cette définition.
Aidé et inspiré par les gens qui l’entourent,
par les confidences de ses copines et amies, par la proximité
avec une petite sœur et les femmes de la famille, il
est assez fier de pouvoir scruter l’âme de l’autre
sexe tout en étant crédible.
«J’avais envie et je suis content, dit-il, qu’on
dise maintenant qu’on a vraiment l’impression
que c’est une femme qui écrit. Un écrivain,
c’est son métier et sa sensibilité, doit
voler aux autres, dans leurs attitudes, dans leurs gestes.»
Philippe Besson relève à chaque roman le défi
de se surpasser lui-même, de s’élever au-dessus
de sa propre existence en inventant des états d’esprit
complètement étrangers aux siens. En empruntant
les peines, les regrets, les remises en question de sa protagoniste
Louise, il donnait ainsi pour la troisième fois la
voix à un de ses personnages romanesques féminins.
«J’essaie pour ce faire d’être attentif
aux particularités des êtres humains. Les femmes
ont davantage de mémoire que les hommes sur les dates,
les anniversaires. Un homme n’aurait jamais aussi, par
ailleurs, consenti à se dévoiler de cette façon
par le biais des lettres. Clément est froid et distant.
J’aime aborder l’altérité dans mes
romans. J’aime aussi aller dans des directions différentes
et vers ce que je ne connais pas.»
À contre-courant
À une époque où les courriers électroniques,
les courriels et textos de tout acabit ont transformé
notre façon de communiquer, Philippe Besson rend hommage
à une forme en voie de disparition.
«Il y a dans les lettres, mentionne-t-il, une délicatesse
qui n’existe nulle part ailleurs. La lettre est le dévoilement
de soi par excellence. Elle plonge au cœur de l’intime.
Je sais, ce n’est plus très à la mode.
Mais, j’en ai marre!»
Aussi, Besson se rebiffant à ne humer que l’air
du temps propose un véritable roman d’amour,
sensible, reprenant ainsi un thème aussi vieux que
le monde est monde.
«La douleur de la rupture, conclut-il, c’est
universel. En l’écrivant ou encore en la lisant,
on convoque ses propres souvenirs. On met du temps à
guérir de ces coups-là. Je crois que comme écrivain,
je creuse un sillon entre les êtres. Je souhaite être
un romancier du lien. Il ne faut pas s’excuser des romans
d’amour!»
Se résoudre aux adieux
Philippe Besson
Éditions Julliard
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