| Le jeudi 22 février 2007

Philippe Besson et Denis Lavalou ont rapidement
fait connaissance.«Il m'a accordé une très
grande confiance depuis le début, a indiqué
l'adaptateur et metteur en scène, à quelques
heures de la première des Jours fragiles.
J'ai coupé mais respecté l'oeuvre.»
Philippe
Besson, l'écrivain du lien
Sylvie St-Jacques
La
Presse
Dans
la foulée d'un chagrin d'amour, Philippe Besson a écrit
en 1999 à Montréal les premières lignes
de son premier roman En l'absence des hommes. Huit livres
traduits en 15 langues et quelques adaptations cinématographiques
plus tard, le Français est de retour. Encore une fois
pour une blessure amoureuse, mais fictive cette fois, car
la rupture est l'épine dorsale de Se résoudre
aux adieux, son dernier roman, paru chez Julliard.
L'empathie.
Philippe Besson y revient souvent, pour décrire comment,
à la manière d'un acteur de théâtre,
il entre dans la peau de ses personnages. Il s'est projeté
dans la tête d'un mort (Un garçon d'Italie),
d'un accompagnant naturel (Son frère) et même
d'Isabelle Rimbaud (Les jours fragiles).
Dans
Se résoudre aux adieux, c'est à une femme blessée
qu'il donne la parole. Louise, journaliste parisienne sans
âge, qui pour se guérir de la perte d'un amour,
s'exile à La Havane, Manhattan et Venise. «Je
voulais raconter l'histoire la plus universelle, banale et
ordinaire qui soit : tout le monde a connu la séparation
amoureuse», lâche le loquace auteur de 40 ans,
que La Presse a rencontré dans un hôtel du Vieux-Montréal.
La mort
est un élément récurrent de l'oeuvre
d'un auteur qui se dit concerné par la manière
dont «on se débrouille avec les disparus».
Mais puisqu'on finit toujours par guérir de ces «petites
morts» que sont les chagrins d'amour, Se résoudre
aux adieux parle de la renaissance du coeur meurtri. «L'expression
«faire le deuil», quoique galvaudée, est
porteuse d'un sens commun. Je voulais démontrer comment
on arrive à faire une place à nos disparus.»
«J'ai pensé à des héroïnes
de films des années 70-80 de Claude Sautet. À
des femmes comme Romy Schneider ou Emmanuelle Béart,
qui sont volontaires, puissantes mais aussi vulnérables»,
évoque-t-il, en référence à celles
qui lui ont inspiré le personnage de Louise.
Il faut
dire que Philippe Besson est de ceux qui aiment emprunter
et, en retour, ne craint nullement la dépossession.
Patrice Chéreau, en 2003, a ainsi réalisé
une adaptation cinématographique de Son frère.
Et si tout se passe bien, Les jours fragiles et Un garçon
d'Italie auront aussi une seconde vie au cinéma.
Au
théâtre
En attendant
de voir au grand écran le récit des derniers
jours d'un Arthur Rimbaud agonisant, revenu dans les Ardennes
après un long séjour en Afrique, on peut toujours
se tourner vers le théâtre. Une production théâtrale
des Jours fragiles tient l'affiche du Prospero ces jours-ci.
«Il
m'a accordé une très grande confiance depuis
le début, a indiqué l'adaptateur et metteur
en scène Denis Lavalou, à quelques heures de
la première des Jours fragiles. J'ai coupé mais
respecté l'oeuvre.»
Pour
faire une pièce du journal intime d'Isabelle Rimbaud,
imaginé par Besson, Lavalou s'est permis quelques libertés.
À l'origine du projet, c'est le lien mourrant-accompagnant
qui l'intéressait. «Lorsque j'ai lu le roman,
en 2004, j'ai pressenti qu'il serait intéressant de
le monter au théâtre. En 2005, est mort un ami
à moi, Michel Van Schendel, qui était poète.
Je l'ai vu dépérir de mois en mois, avec sa
femme à ses côtés. J'ai eu envie de parler
de ça.»
Se décrivant
lui-même comme un «écrivain du lien»,
Besson ajoute qu'il est fasciné par l'impact sur la
relation entre deux personnes de la mort survenue ou prochaine.
«Décortiquer les liens qui se dénouent
ou se solidifient, face à l'épreuve de la mort.
C'est là l'essentiel de tout ce que j'écris.»
Choyé
par la critique et le public depuis son entrée dans
le monde littéraire - en France, Se résoudre
aux adieux s'est déjà vendu à 40 000
exemplaires - Philippe Besson est peut-être arrivé
à un nouveau stade de son oeuvre. Pour la première
fois, le deuil est suivi d'une renaissance et son roman porte
un optimisme nouveau.
L'auteur
hésite à trop s'épancher sur ses états
d'esprit. Aussi, refuse-t-il de nous dévoiler de quoi
parlera son prochain roman.
Peut-être
une autre histoire qui passera par l'Italie, pays pour lequel
il entretient une fascination? «J'aurais adoré
avoir des racines italiennes, je m'y sens chez moi. Chaque
fois, je suis tenté d'écrire sur l'Italie.»
Né
en France, adopté par les Italiens, c'est ici, à
Montréal, que Philippe Besson est venu au monde, artistiquement.
«C'est ici que je me suis rencontré et que j'ai
décidé de devenir qui je devais être.»
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