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Editeur
de littérature de qualité pour le grand public,
Julliard publie des romans, des essais ainsi que la revue
Commentaire et compte parmi ses auteurs fétiches
une brochette de pointures: Del Castillo, Mallet-Joris, Sagan,
Calvino, Nabokov, Soljenitsine, Volkoff, Zinoviev et … Philippe
Besson ! Une maison de référence,
donc !
Fondée
officiellement en 1942 à Paris par un René
Julliard (1900-1962) connu du secteur éditorial
dès les années 30, la maison d’édition
qui porte son nom est, durant trente ans, l’une des plus
prestigieuses de la littérature française. Sa fameuse
couverture blanche est dessinée par Marcel Jacno.Malgré
un passé d’éditeur sous l’Occupation
(comme bon nombre de ses collègues), René Julliard
est, à la sortie de la guerre, l’ami du très
communiste Aragon. Dès novembre 1945, René
Julliard rachète aux éditions Charlot,
pour une somme forfaitaire, les droits de L’Armée
des ombres de Joseph Kessel, l’une des meilleures
ventes de la littérature de guerre.
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Julliard
publie d’emblée également Druon,
Gombrowicz, Cossery, Michel Droit, Arthur Conte, Jean-Louis
Bory… Parmi ses grands succès, qui seront
portés par le cinéma : Le salaire de la
peur, Le pont de la rivière Kwaï…
Concurrente de la maison Gallimard dans les années
50, la maison Julliard doit sa forte personnalité
à ce fondateur particulier. Réputé
pour son intuition de découvreur -il révèle
notamment Jean d’Ormesson- il découvre
et publie en 1954 le premier ouvrage de Françoise
Sagan, Bonjour tristesse. (500 000 ex. la
première année, il sera traduit en 21 langues).
Une rencontre coup-de-coeur comme on le raconte souvent
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«
Françoise Sagan a 18 ans quand René
Julliard publie son premier roman. Elle se rend au
30, rue de l'Université, siège des éditions
Julliard. Elle y entre avec cette adorable timidité,
cette bafouillante gaucherie ce regard de cocker battu
qui ne la quitteront jamais vraiment. A la vigie de
l'accueil elle remet une chemise en carton jaune sur
lequel est écrit à la main :
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«
Françoise Quoirez, 167, boulevard Malesherbes, Carnot 59-81,
née le 21 juin 1935. » Après avoir rempli une
fiche de renseignements, la sauvageonne chic s'enfuit sans se retourner.
Mais pour que le manuscrit devienne un livre, il faut encore l'avis
du patron, René Julliard soi-même. Ce rival de Gaston
Gallimard et de Bernard Grasset s’est déjà fait
remarquer pour trois Goncourt successifs : Jean-Jacques Gautier
en 1946, Jean-Louis Curtis en 1947 et Maurice Druon en 1948. C'est
au retour d'un dîner chez le président du Conseil économique,
où l'on a parlé de l'hiver glacial (celui de l’Appel
de l’Abbé Pierre) mais aussi du transfert, le 25 janvier,
du sultan du Maroc de Corse à Madagascar que René
Julliard ouvre Bonjour tristesse dans son bel appartement meublé
La Fayette - il a épousé une descendante du général.
Il enfile sa robe de chambre à pois et allume une cigarette.
Il est fatigué. Mais il ne dormira pas, chaque page le reveillant
un peu plus, la dernière le mettant dans un état proche
de l'exultation. |
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| Par
télégramme, il convoque la romancière prodige le
jour même, à 17 heures. Elle arrive avec son père,
qui, sa fille étant mineure, doit parafer le contrat. Craignant
pour l’honorabilité de son nom, il exige qu’elle prenne
un pseudonyme. Dans «À la recherche du temps perdu»,
Françoise avait croisé Hélie de Talleyrand-Périgord,
prince de Sagan, qui lui plut, qu’elle adopte. Et c’est ainsi
que Mlle Quoirez signe d’un nom proustien son premier roman au titre
emprunté à Eluard. Le 15 mars sort, tiré à
5000 exemplaires, «Bonjour tristesse». Le volume est ceint
d’une bande rouge sur laquelle Julliard a fait imprimer «Le
diable au cœur». L'éditeur ne perd pas de temps et il
a raison : car le 6 janvier l'impétrante avait également
déposé son manuscrit chez Plon, où Michel Déon
l'avait lu et aimé. Mais Charles Orengo, le directeur de cette
maison, avait tardé pendant trois semaines à donner sa réponse.
Bonheur, impair et passe. » |
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Après
la mort de René Julliard, en 1962, sa femme dirige
la maison avec l'aide de Christian Bourgois. Né
à Antibes en 1933, diplômé de l'Institut d'Études
Politiques de Paris et de l'École Nationale d'Administration,
Christian Bourgois débute comme attaché de
direction, puis devient administrateur-directeur général
des éditions Julliard en 1965. L'année suivante,
il fonde, cela dit, sa propre maison d'édition, Christian
Bourgois Éditeur. Ce ne sera donc qu’en 1988 que
Bourgois tentera de relancer les éditions Julliard.
Intégrée aux Presses de la Cité, filiale
littéraire du Groupe de la Cité, la Maison
Julliard est alors prise en main par Bourgois
et Elisabeth Gille, directrice littéraire. En 1989,
leur politique éditoriale consiste à revaloriser l’image
de marque de cette ancienne maison. Tout d’abord en favorisant
la littérature française par la découverte
de nouveaux auteurs, puis par la création de nouvelles collections.
Néanmoins, les divergences entre le PDG du Groupe de
la Cité, Christian Brégou et Bertrand
Eveno, PDG des Presses de la Cité, amènent
Bourgois à quitter la maison en février 1992 ainsi
qu’Elisabeth Gille deux mois plus tard. Un an plus tard, le
Groupe de la Cité subit une restructuration, Julliard
qui appartient aux Presses se retrouve filiale de la |
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Sogedif (Société Gestion Diffusion),
nouvelle société qui dépend du Groupe.
Dès
mai 1993, une fusion s’opère : François Bourin
qui possède les éditions du même nom, devient PDG
de Julliard et sa collaboratrice Marie-Anne Bernard,
directrice générale. Suite à un accord signé
avec Bertrand Eveno, Bourin détient 15% de son capital
tandis que le reste appartient au Groupe de la Cité. L’initiative
de Bourin demeure de continuer à publier des romans français
et étrangers. En abandonnant son indépendance, il acquiert
par là même le catalogue de fonds de Julliard riche
de 350 titres.
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En
1995, renouant les fils de leur histoire -puisque les jeunes Robert
Laffont et René Julliard avaient longtemps
cohabité- les deux maisons se rapprochent à nouveau.
La direction de Julliard est alors confiée à
Betty Mialet et Bernard Barrault
qui croient eux aussi farouchement à la création littéraire
et sont spécialisés dans la jeune littérature
française contemporaine. Ils sont aussi très attachés
aux liens entre l'écrit et l'image et tentent de les rapprocher
dès que c'est possible! Ils sont à l'origine du film
37°2 le matin à partir du livre qu'ils ont publié
dans leur précédente maison. C'est ainsi qu’ils
amènent avec eux J.A Bertrand, Lionel Duroy (lui
aussi plusieurs fois adapté à l'écran), Jean
Marie Gourio, Jean Teulé, Philippe Djian, Denis Robert,
aux côtés notamment des Choses de Georges
Perec, de la nouvelliste Annie Saumont et bien sûr
de Bonjour Tristesse, Aimez-vous Brahms ou encore Le
pont de la rivière Kwaï de Pierre Boulle.
Betty et Bernard découvrent successivement Fouad Laroui,
puis Philippe Besson (qui publie 6 romans
en 6 ans, tous des succès importants). Son Frère
est adapté au cinéma par Patrice Chéreau et
tous ses titres sont en cours d'adaptation. Ses livres sont aujourd'hui
traduits dans 14 pays ! Ce tandem éditorial découvre
encore Mazarine Pingeot dont le quatrième livre,
Bouche cousue, s'est vendu en 2005 à plus de 200.000
exemplaires et révèle dans 16 pays le talent de
Yasmina Khadra, (dont ils ont publié 6 titres), auteur
qui connaît aux Etats-Unis un succès exceptionnel.
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