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Dans notre famille, les hommes ne restent pas. Vrai, quand on y songe,
ils n'ont jamais rien fait d'autre que s'éloigner, prendre le large,
et s'affranchir de nous, les femmes, condamnées à demeurer
au pays, reliées à la terre. Je n'ai cessé de me
demander d'où ils tenaient cettte attirance pour d'autres ciels,
alors que le ciel est le même partout.
Et
Arthur a fui ces contrées inhospitalières, cette famille
qui n'en fut jamais une, ces morts, ces absents: père, frère,
soeurs ... partis, décédés, bannis ! Il a passé
sa prime jeunesse à prendre le départ : reniant les postures
du premier communiant et de l'élève modèle, du fils
chéri, il part! Il s'envole avec lyrisme vers la Commune et y découvre
les amours sulfureuses et maudites, de celles qui le relient aux hommes,
à Verlaine... à Djami aussi, là-bas à Aden,
où il lui tarde tant de retrouver sa vie d'aventure et le dernier
homme de cette vie si intense mais si brève. Djami, jeune Abyssinien
de vingt an. Silencieux, la peau brune, les yeux clairs. Il l'a rencontré
au pied de l'affreux roc, au coeur de la fournaise...
Avant
lui, j'ignorais qu'un sentiment pouvait s'insinuer. Je croyais que c'était
là, un jour posé devant soi, comme une évidence indiscutable.
Avec lui , c'est venu lentement, sans que je m'en rende compte. Je le
croisais chaque jour, je le regardais à peine, rien ne me portait
vers lui. Et, un matin, j'ai compris. Compris que sa présence était
devenue un baume, que son asbence était une brûlure. Un matin,
à force de l'avoir à mes côtés, j'ai pris conscience
que je ne serais plus capable de me passer de lui.
Arthur
qui a tenté d'approcher les rives des continents inconnus par les
mots du poète -du poète fou et maudit- au coeur de toutes
les expériences, aux limites de toutes les déchéances.
Rimbaud qui a connu les Bateaux Ivres et les Saisons en Enfer
et a cru en revenir plus fort et qui en revient aujourd'hui détruit,
amputé, gangrené ...
Je
reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'oeil furieux: sur
mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or: je serai oisif
et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des
pays chauds. Je serai (...) sauvé.
Une
posologie savante : un fond de vérité historique, des extraits
réellement coulés sur papier par Arthur ou Isabelle et -
pour envelopper, pour magnifier et donner corps et sentiments à
tout cela- l'encre superbe, concise et incisive à la fois de l'écrivain.
Une aventure audacieuse, de celles qu'il commettait déjà
-comme premier ouvrage de maître- avec l'ingénuité
insouciante des grands débutants dans "En l'absence des
Hommes" ... Là un Proust imaginaire, ici un Rimbaud,
une famille Rimbaud à la rupture de la vie ...
Comme
chaque année, fin août nous ramène un Amélie
Nothomb et un Philippe Besson: le rendez-vous est incontournable. Et comme
ils l'avouaient tous deux, en février dernier à la Foire
du Livre de Bruxelles, ils ont suffisamment de plumes d'avance chez leur
éditeur pour nous promettre encore de belles rentrées en
perspective !
En
tous cas, en cette année de commémoration Rimbaud -poète
maudit et sublime- ce roman est l'une des meilleures surprises de la rentrée
littéraire 2004.
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