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Philippe
Besson s'est révélé, en quatre ans, un des
romanciers français les plus inventifs. «En l'absence
des hommes» (2001) nous contait la découverte
de l'amour par un adolescent de seize ans, dont la famille bourgeoise
fréquentait celle de Proust, à l'occasion du retour
en congé du fils de la bonne de ses parents, mobilisé
à Verdun. «Son frère» voyait
un frère aîné accompagner la lente mort du sida
de son cadet dont ce drame l'avait rapproché. «L'Arrière-saison»
évoquait un tête-à-tête automnal dans
un bar perdu de Cape Cod qu'aurait pu avoir peint Edward Hopper.
«Un garçon d'Italie» révélait
à une jeune femme que l'homme qu'elle aimait et qui a été
retrouvé mort avait une liaison avec un garçon de
passe de la gare de Florence.
Quatre romans d'une imagination, d'un tact dans les sentiments,
d'une finesse dans l'analyse, d'une lumière à la fois
limpide et voilée dans l'écriture, qui tranchent sur
la production romanesque française au point qu'ils ont déjà
été traduits en douze langues.
Que lui fallait-il s'aventurer
dans la rédaction d'un soi-disant journal tenu par Isabelle
Rimbaud, du 22 mai au 14 novembre 1891, autrement dit du retour
de son frère Arthur du Harrar à Marseille, où
il sera amputé de la jambe gauche, jusqu'à ses obsèques
dans l'église de Charleville? Ni sur la lente agonie des
six derniers mois du poète des «Illuminations»,
ni sur l'amour d'Isabelle pour son frère, ni sur ce qu'elle
peut penser de ses poèmes qu'elle n'a pas lus, de sa vie
avec Verlaine qu'elle ignore, l'ouvrage n'apporte rien. On trouve
plus dans le «Rimbaud» d'Enid Starkie ou le plus récent
«Arthur Rimbaud» de Jean-Jacques Lefrère.
Nous n'apprenons rien non
plus que nous ne sachions déjà sur la jeune femme
de trente ans, née sept ans après Arthur, restée
vivre auprès de sa mère qu'elle aidait dans les travaux
de la ferme, et qui se fit au retour de son frère son infirmière
et bientôt sa confidente (mais jusqu'à quel point?).
LE COEUR DE SA MÈRE
Leur
mère, Vitalie, s'enferma pendant toute cette période
dans un silence et une absence qui ont souvent été
mal jugés, sans qu'on se soit beaucoup interrogé sur
l'infinie souffrance que le dévoyement de son fils préféré,
ses douze ans d'éloignement en Afrique, son retour en France
quasiment pour mourir, ont infligé à cette Ardennaise
de morale et de devoir, épouse trahie, mère déçue,
incapable de trouver les mots pour pardonner à son fils prodigue,
aussi buté qu'elle, il est vrai, et lui ouvrir les bras.
Plus que «le délire de dévouement» et
«l'ineffable allégresse d'aimer absolument un être
de son sang» que disait avoir éprouvés Isabelle,
le silence de Madame Rimbaud aurait mérité d'être
scruté et interprété par un Philippe Besson,
qui aurait cherché à comprendre cette tendresse rigidifiée
qu'elle tenait sous clef comme, sans doute, ses pots de confiture.
Par un juste retour des choses, la langue qu'il prête à
Isabelle ne pouvait - sous peine de la trahir ou de sonner faux
- revêtir les sobres miroitements, l'impudeur discrète,
la sensibilité de velours ou le coupant de cristal de ses
romans précédents. Philippe Besson a révélé
trop de qualités pour ne pas refaire confiance à son
imaginaire. Quand on a ses qualités, on n'utilise pas de
béquilles.
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