Couverture: Les jours fragiles

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Roman



Les jours fragiles

De Philippe Besson



 

Comme dans Son frère, son très beau livre porté à l’écran par Patrice Chéreau, Besson nous donne à voir les douleurs et les regrets d’une vie qui s’achève, ses derniers moments de lumière aussi. Comme dans Son frère encore, il s’agit d’un accompagnement, mais ici il est autant amour que déchirement.

Isabelle, en effet, est une jeune femme éteinte, étouffée même, qui vit dans la crainte de Dieu et le respect d’une mère sèche et avare de mots. La terre où elle a passé toute son existence, qu’elle ne quittera sans doute jamais, est froide et dure même en plein été. Cette terre et ses gens gris ont fait fuir le jeune Rimbaud et la retiennent, elle, prisonnière. Plus encore que ce que ce récit tout en retenue nous dit des derniers jours du poète, c’est le portrait de cette vie sans plaisir, sans joie qui touche, qui sonne juste et parle pour tous les invisibles, les sacrifiés aux règles et aux convenances. Besson excelle notamment à décrire ces moments infimes où la sensualité veut percer envers et contre tout, où le besoin d’être vu et aimé tord le ventre en un hurlement que personne n’entend.

Mais au fil de ces jours ponctués par les soins à ce mourant coléreux et amer qu’est Rimbaud, Isabelle fait aussi l’apprentissage du corps, de ses excès. Ce qu’elle entend de la bouche de son frère, ces confidences dont elle dit ne pas vouloir, changeront sa vie à jamais. A travers elles, elle découvre l’ambiguïté du désir. Elle qui avoue n’être à trente ans, la femme d’aucun homme, reçoit et ressent dans sa propre chair les errances et les appétits que Rimbaud, provocateur jusqu’au dernier souffle, lui décrit. Sans doute est-il un peu jaloux de la foi inébranlable qui habite et guide sa sœur. Il la raille avec un acharnement qui ressemble à de l’envie. Car cette foi d’Isabelle, qui lui est absolument étrangère, à lui, la protège, la tient debout quand lui est à terre. De son côté, Isabelle, qui a aimé passionnément ce frère absent, admire son acharnement à rester libre quel qu’en soit le prix. L’un n’aurait pu être l’autre mais au bout de ces mois lents où la vie tient à un fil, il s’opère comme une fusion. Les jours fragiles est le récit délicat de ce partage, de cette union.

Les jours fragiles

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