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Comme
dans Son frère, son très beau livre porté à
l’écran par Patrice Chéreau, Besson nous donne
à voir les douleurs et les regrets d’une vie qui s’achève,
ses derniers moments de lumière aussi. Comme dans Son frère
encore, il s’agit d’un accompagnement, mais ici il est
autant amour que déchirement.
Isabelle, en effet, est une jeune femme éteinte, étouffée
même, qui vit dans la crainte de Dieu et le respect d’une
mère sèche et avare de mots. La terre où elle
a passé toute son existence, qu’elle ne quittera sans
doute jamais, est froide et dure même en plein été.
Cette terre et ses gens gris ont fait fuir le jeune Rimbaud et la
retiennent, elle, prisonnière. Plus encore que ce que ce
récit tout en retenue nous dit des derniers jours du poète,
c’est le portrait de cette vie sans plaisir, sans joie qui
touche, qui sonne juste et parle pour tous les invisibles, les sacrifiés
aux règles et aux convenances. Besson excelle notamment à
décrire ces moments infimes où la sensualité
veut percer envers et contre tout, où le besoin d’être
vu et aimé tord le ventre en un hurlement que personne n’entend.
Mais au fil de ces jours ponctués par les soins à
ce mourant coléreux et amer qu’est Rimbaud, Isabelle
fait aussi l’apprentissage du corps, de ses excès.
Ce qu’elle entend de la bouche de son frère, ces confidences
dont elle dit ne pas vouloir, changeront sa vie à jamais.
A travers elles, elle découvre l’ambiguïté
du désir. Elle qui avoue n’être à trente
ans, la femme d’aucun homme, reçoit et ressent dans
sa propre chair les errances et les appétits que Rimbaud,
provocateur jusqu’au dernier souffle, lui décrit. Sans
doute est-il un peu jaloux de la foi inébranlable qui habite
et guide sa sœur. Il la raille avec un acharnement qui ressemble
à de l’envie. Car cette foi d’Isabelle, qui lui
est absolument étrangère, à lui, la protège,
la tient debout quand lui est à terre. De son côté,
Isabelle, qui a aimé passionnément ce frère
absent, admire son acharnement à rester libre quel qu’en
soit le prix. L’un n’aurait pu être l’autre
mais au bout de ces mois lents où la vie tient à un
fil, il s’opère comme une fusion. Les jours fragiles
est le récit délicat de ce partage, de cette union.
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