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Une
question d’abandon Il
y a une question quasi-métaphysique dans le dernier roman
de Philippe Besson. L’Homme est-il voué inexorablement
à son destin ? A-t-il –oui ou non- la possibilité
réaliste – le droit ?- d’exercer un libre arbitre
sur sa vie, son parcours, ses affinités électives.
Sommes-nous, bien au contraire, condamnés à subir
nos gènes sociaux si peu choisis (quasi-innés ?) qui
déterminent nos droits fondamentaux, nos liens inébranlables
à une vie donnée ? Où l’abandon
rime avec la résignation ?
« Je suis né
dans le quartier de Pendennis Rise, à l’écart
du centre-ville. Personne ne peut s’imaginer ce que c’est,
la périphérie d’une ville qui n’est rien
(…) On ne s’aventure pas jusqu’ici tout à
fait par hasard. Les rails s’arrêtent où commence
la Manche (…)
En
somme, je reviens où l’essentiel s’est joué.
A neuf ans, le décor était déjà en place.
Il a suffi de dérouler, de se laisser porter. C’est
venu tout seul : la carcasse qui grandit, l’adolescence au
milieu des bacs de poisson, les bras qui enflent à force
de tirer des filets, l’école qui ne sert à rien,
les premières cigarettes qu’on
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roule,
les bières que l’on s’envoie en rentrant de la pêche,
les filles pas farouches, Marianne, la maison sur le bord. Et puis, un
jour, les hommes qui viennent et qui m’emmènent. »
Pesanteurs du destin, écrins d’une vie prescrite. Et les
poids sur le coeur qui sourdent de ces regards vagues, à l’âme
! Tant il est vrai que la fragilité, la part d’ombre, les
secrets enfouis sont une constante des personnages de Philippe Besson
; qu’ils osent briser les interdits, les tabous, même les
plus fondamentaux. Comme la mort foudroyée d’un enfant. Une
mort comme un instant d’abandon. Abandon coupable d’un
père qui ne nomme jamais une jeune victime - l’enfant-
dont on suppose qu’il n’a jamais vraiment souhaité
la compagnie ; abandon du père lui-même, boiteux de corps
et d’esprit, boiteux à la ville comme en amour. Abandon d’une
petite ville côtière aussi, qui sue la grisaille et la fin
de parcours, juste avant de se perdre, juste avant les falaises. Et la
mer ! Cette mer abandonnée -gouffre nauséeux- élément
aqueux aussi indispensable à l’univers de Besson que la mort,
le doute et la sincérité aussi.
«
Je reviens avec mon mort. Je le ramène avec moi. Je transporte
un cadavre.
J’ai ça avec moi, un cadavre.
Pour toujours.
Quoi que je fasse, il sera là, toujours, avec moi, ce cadavre (…)
Ils ne verront que ses huit ans massacrés, anéantis en un
seul mouvement. Je sais qu’il ne me quitte pas, ce mort.
Mon fils. »
Cet
instant d’abandon se profile comme une ode à la
rédemption. Malgré la mort, malgré l’ennui,
malgré les teintes grisées, malgré les doutes, les
suspicions et les regards qui tuent avant de juger, malgré tout
: une vie reprise, une vie osée, une différence assumée.
Comme une gifle à la mort, à la mort symbolique de l’enfance
de Thomas Sheppard aussi. Une mort incluse dans la mort de l’enfant,
inavouable mais rédemptrice.
«
On a le droit de bâtir sa vie sur un pressentiment. »
Il
est des fractures béantes qui sont autant de départs dans
la vie. Il fallait oser nous le rappeler. Philippe Besson, décidément,
a le goût du risque. Et de l’éveil. Merci.
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