Difficile retour vers l'innocence  
 
ELIANE WABER IMSTEPF
Falmouth, au sud-ouest des Cornouilles, a beau être un port réputé pour ses régates et son festival d’huîtres, le bourg « où la terre abdique, à la verticale des falaises » est présenté par Philippe Besson comme un lieu sinistre, refermé sur lui-même. Et Philippe Besson est passé maître dans l’art de créer des climats. C’est donc en frissonnant qu’on débarque à Falmouth sur les pas de Thomas, qui revient au pays après cinq de prison. Un instant d’abandon est le monologue d'un
 
banni. C’est tout de même un roman imagé, cadré sur un point de vue comme avec une caméra qui choisirait ses angles. Découpé en quatre chapitres, dont trois sensiblement d’égales longueurs et un dernier, court, comme une chute annoncée mais quand même surprenante, il raconte le retour d’un meurtrier dans son village aux dos tournés, dans sa maison vide.

Thomas dévoile son passé par le biais de deux confidents, aussi proscrits que lui : Rajiv l'épicier,

 
dont personne ne sait ce qui l’a fait quitter Londres, et Betty, la mère célibataire qui avec beaucoup de simplicité lui avoue être amoureuse de lui. A Rajiv il raconte son crime, qui fut un accident souhaité, et l’on est pétri à la fois d’horreur et de compassion. A Betty il raconte la prison, et on entraperçoit l’éblouissement amoureux qu’il y a connut qui va redonner sens à sa vie. Et, surtout, lui permettre de quitter Falmouth.
>Philippe Besson. Un instant d’abandon. Ed. Julliard. 213 pp
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Un instant d'abandon

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