L'INTERVIEW
PIETA PIETINEE
 
 
Cette nouvelle collection s’inscrivant dans la tradition littéraire, convie « quinze auteurs à livrer leur relecture, personnelle et romanesque, d’un fait divers ». Le talentueux Philippe Besson ouvre le bal avec le meurtre du petit Grégory Villemin, un assassinat qui secoua la France en 1984. S’engouffrant dans ce mystère, jamais élucidé, il rouvre les plaies d’une mère blessée.

Qu’y a-t-il de fascinant dans le fait divers?
Entre fascination et répulsion, le rapport est ambigu. Faisant écho à nos frayeurs et douleurs intimes, il crée une identification. Le fait divers est le moment où le réel est plus fort que la fiction. Il suscite un questionnement que le romancier n’aurait pas osé imaginer. L’écriture permet de m’emparer de ce lieu d’intranquillité pour m’interroger sur ma propre noirceur. Digne d’une tragédie grecque, l’affaire Grégory accède au rang de mythologie et frappe l’inconscient collectif. Mon défi est de la rendre universelle, en faisant preuve de sensibilité et d’empathie.

En quoi Christine Villemin vous intrigue-t-elle ?
Je me suis dans sa peau, afin de raconter son calvaire de l’intérieur. Même dans le basculement , Christine a une manière digne et têtue d’accomplir son deuil. De part le dérèglement judiciaire et l’emballement médiatique, la mère endolorie devient la génitrice infanticide. Comment tient-elle le choc du lynchage ? Je suis impressionné par sa force et sa résistance, la mère endolorie devient la génitrice infanticide. Comment tient-elle le choc du lynchage ? Je suis impressionné par sa force et sa résistance au tribunal de l’opinion. Pour moi, elle est liée à l’amour de Jean-Marie. La façon dont la mort agit sur les liens des vivants est au cœur de mes écrits.

Pourquoi explorez-vous sans cesse la mort ?
Cette obsession traverse toute mon œuvre. Le romancier doit aller vers les parts d’ombre. J’essaie de comprendre la disparition des êtres chers, le travail de deuil, les répercussions sur les liens familiaux et les visages du chagrin… Je ne peux pas m’en défaire. Dès que je suis en écriture, j’entre en collision avec mes névroses. Les disparus m’accompagnent : je puise dans leur souvenir l’énergie pour résister.
Propos recueillis par Kerenn Elkaïm
L’enfant d’octobre, par Philippe Besson, Grasset , 191 pages

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L'enfant d'octobre

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