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Tableau
vivant
Le
temps est lourd, l’orage attend. Elle aussi. Il viendra. Il
faut qu’il revienne. Là, au comptoir, dans ce tableau
américain où Besson nous attire, de l’autre
côté de la toile, dans le décor. Elle a les
yeux fatigués tant elle a revu et revécu ce tableau.
Ils s’étaient établis, là, avec son grand
amour. Ils y avaient leurs habitudes. Ils s’y sont rompus,
déchirés, quittés. Elle ne croyait plus qu’un
homme viendrait. Et pourtant, la vie lui a promis l’émotion
encore. Elle le croit, en tous cas. Viendra-t-il ? Avant l’orage
?
Ou sera-t-il lâche ? Comme l’autre ? Comme les autres
… Et la vie qu’offre-t-elle à celles et ceux
qui se connaissent, se dévorent, s’inspirent …
se quittent ? Il reviendra. Le temps est lourd. Mais qui pousse
la porte du cœur ?
Philippe Besson ne nous emmène plus aussi facilement vers
le monde des garçons auquel nous nous étions habitué.
Non. Non ? Et si … ? Si ce roman était précisément
son texte le plus gonflé d’homosexualité,d’ambiances,
de miroirs des sentiments, de doutes, de vies de séduction
avortées et de peur de vieillir, seul(e)s ? Est-ce là
la clé universelle des sexes qu’il nous livre ? |