Les jours fragiles au cinéma
par François Dupeyron
Liens jours fragilesJ'ai rencontré François Dupeyron en mars 2005. Il venait de lire "Les jours fragiles", avait l'envie d'en faire un film. J'avais aimé beaucoup sa "Chambre des officiers" mais aussi "Drôle d'endroit pour une rencontre" ou sa belle collaboration avec Eric Caravaca. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que nous parlions le même langage. J'ai compris que des images s'étaient déjà formées dans sa tête. Quelques semaines plus tard, il m'a fait lire le scénario qu'il venait d'écrire, seul, à partir de mon roman. J'ai été très ému et très impressionné. François a réussi à demeurer fidèle au texte original tout en inventant une histoire profondément personnelle, où se retrouvent ses obsessions de cinéaste. Il est allé du côté de la violence, il a volontairement tendu les liens qui unissent les trois protagonistes de cette famille Rimbaud au moment où le fils prodige meurt. Cet été, il tournera son film, entre Belgique, Ile-de-France et Maroc. Devant sa caméra, Guillaume Depardieu sera Arthur Rimbaud, supplicié, fulgurant, fraternel. Julie Depardieu sera Isabelle, la soeur cadette, aimante, attentive, têtue. Et Catherine Hiegel interprétera Vitalie, la mère mutique, qui ne pardonne pas à son fils les frasques de son adolescence. Je regarderai cela de loin, avec tendresse et respect. Mais cette histoire n'est déjà plus la mienne. Et c'est tant mieux. Les livres sont des objets vivants, ils passent de main en main, ils deviennent autre chose que des mots sur du papier. "Les jours fragiles", ce sera au cinéma en 2007.
 
Le réalisateur
François DupeyronFrançois Dupeyron

Né en 1950 à Tartas, dans les Landes, François Dupeyron est diplômé de l’IDHEC en 1975. Il commencera comme monteur dans le monde du cinéma. Entre 1978 et 1987, il réalisera de nombreux documentaires ainsi que neuf courts métrages, parmi lesquels La dragonne (Grand Prix au Festival de Clermont-Ferrand, 1982), La nuit du hibou (César 1985) et Lamento (Grand Prix au Festival de Clermont-Ferrand, 1989). Son premier long, Drôle d'endroit pour une rencontre, tourné en 1988, réunissait rien moins que Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, pour une histoire insolite, sorte de ballade nocturne réunissant deux inconnus sur une aire d'autoroute. Ce film sera est nominé au César de la meilleure première oeuvre.
Avec Un cœur qui bat, Dupeyron reste dans la romance décalée, cette fois avec deux acteurs moins connus (dont son épouse, la chef-monteuse Dominique Faysse), dans le rôle de deux amants d'une quarantaine d'années, qui se rencontrent dans le métro et sont brûlés par les feux d'une passion impossible. Avec La machine, en 1994, le réalisateur adapte un roman fantastique de René Belletto et retrouve Depardieu pour une sombre histoire de dépossession de l'esprit d'un homme par un autre. Déroutant, une fois de plus. Pendant les quelques années qui vont suivre, il va coécrire Le fils préféré avec Nicole Garcia, et Un pont entre deux rives, avec Gérard Depardieu. Retour à la réalisation en 1999 avec C'est quoi la vie?, François Dupeyron explore un microcosme familial dans le monde paysan en déclin. C'est l'occasion d'un portrait de trois générations d'hommes, entre tradition et aspiration à la modernité. Plongeant encore plus loin dans les racines de la France contemporaine, il réalise, avec La chambre des officiers (adapté du roman homonyme de Marc Dugain), son cinquième film, situé au cœur de la Première Guerre mondiale. Film qui vaudra au cinéaste une sélection en compétition officielle au Festival de Cannes 2001 et une nomination comme meilleur réalisateur aux César 2002.
En 2002, il s'attaque à l'oeuvre d' Eric-Emmanuel Dchmitt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, un succès théâtral qu'il adapte pour le grand écran avec la complicité d'Omar Sharif en épicier philosophe.


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Les acteurs  
Julie DepardieuJulie Depardieu

Issue d'une illustre famille de comédiens (sa mère, Elisabeth Depardieu, a surtout joué au théâtre), Julie Depardieu né le 18 juin 1973 suit des études de philosophie (bien qu’elle voulait devenir fleuriste). Ensuite, elle multiplie les stages dans le milieu du cinéma, sans toutefois se destiner à la carrière d'actrice. On la découvre sur grand écran, aux côtés de son père, dans Le Colonel Chabert en 1994. Elle tourne ensuite dans plusieurs téléfilms de Josée Dayan. Danièle Dubroux offre à la comédienne son premier grand rôle dans L' Examen de minuit en 1998. Son naturel et sa fantaisie font merveille dans l'univers loufoque de la réalisatrice, qui la dirigera de nouveau dans Eros thérapie en 2004.

A l'image de son frère Guillaume, Julie Depardieu devient, au fil de ses apparitions chez Assayas (Les Destinees sentimentales), Laetitia Masson ou Cédric Klapisch une figure familière et attachante du jeune cinéma français. L'année 2004 marque un tournant dans sa carrière, avec deux films qui lui permettent de révéler l'étendue de son répertoire. Epouse excédée du "clo-clone" Poelvoorde dans Podium, succès populaire de Yann Moix qui exploite son talent comique, elle crée la surprise aux César en décrochant à la fois le prix du Meilleur espoir et celui du Meilleur second rôle féminins, pour sa vibrante composition d'amoureuse transie dans La Petite Lili de Claude Miller.

Devenue une des comédiennes les plus en vue de sa génération, Julie Depardieu est bientôt sollicitée par André Techiné (Les Témoins), mais cette fausse dilettante tourne surtout avec de jeunes metteurs en scène, passant, au cours de la seule année 2006, du drame familial (Le Passager) à la comédie romantique (Essaye-moi, Toi et moi) ou au polar social (Sauf le respect que je vous dois).

Actrice énergique aux multiples talents, jeune femme de nature angoissée, généreuse, caractérisée par son franc-parler, Julie Depardieu joue au théâtre, et s'essaie à la chanson, en enregistrant un duo avec Marc Lavoine, en 1998.

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Guillaume DepardieuGuillaume Depardieu

Fils de Gérard et Elisabeth Depardieu, Guillaume Depardieu, né le 7 avril 1971, passe évidemment une grande partie de son enfance dans le monde du cinéma, apparaissant à l'occasion sur l'écran quand son père accepte de le trimballer avec lui sur les plateaux. Il est ainsi figurant à 4 ans dans Pas si méchant que ça, puis adolescent dans Jean de Florette et Cyrano de Bergerac, dans lequel il interprète un jeune soldat. C'est Cyril Collard qui lui donne sa vraie chance de comédien pour la première fois dans le téléfilm "Taggers", où il joue une petite frappe de banlieue, mais c'est sous l'égide d'Alain Corneau que Guillaume frappe très fort dès son premier film, Tous les matins du monde, où il incarne le joueur de viole de gambe Marin Marais jeune (le rôle adulte est tenu par... Gérard Depardieu). Une ambiance austère et musicale pour un film qui se déroule au XVIIe siècle, totalement en porte-à-faux par rapport à tout ce que Guillaume allait tourner par la suite. La suite, c'est d'abord et surtout Pierre Salvadori qui lui en fournit l'occasion, lui offrant la vedette de chacun de ses trois premiers longs métrages, à commencer par Cible émouvante, où le comédien incarne un jeune tueur à gages formé par le très professionnel Jean Rochefort. Un personnage naît, à la fois gauche et émouvant, pudique et emporté, que l'on retrouve avec bonheur dans Les apprentis, où il interprète un jeune glandeur un peu paumé qui partage un appartement avec François Cluzet. Sa grande carcasse un brin degingandée, son regard clair et sa tignasse filasse en rajoutent dans l'aspect lunaire, presque poétique du personnage. Guillaume Depardieu accumule les rôles, même s'il dit en avoir assez et souhaite abandonner définitivement le cinéma pour la musique... On le voit pourtant en soldat amoureux dans Marthe, en directeur d'agence matrimoniale dans Alliance cherche doigt, en écrivain maudit dans Pola X de Leos Carax, en french-lover exilé en Espagne dans Amour, Prozac et autres curiosités, et en jeune écrivain (pas maudit, cette fois !) dans Comme un avion. Sans oublier des rôles importants dans le téléfilm "Zaïde un petit air de vengeance" aux côtés de Jeanne Moreau et la série "Les misérables", tous deux réalisés par Josée Dayan, et dans la mini-série "Napoléon". Il est ensuite le rôle principal de Peau d'ange, un homme mystérieux fuyant son passé et hanté par le souvenir d'une nuit d'amour, sous la direction de Vincent Perez qu’il retrouve peu de temps après comme partenaire dans le film noir Le pharmacien de garde. Guillaume tourne alors Aime ton père face à son propre paternel, Gérard Depardieu, avant de disparaître des écrans, mais pas des tabloïds. Victime d'un accident de moto en 1996 il a été obligé de subir 17 interventions chirurgicales sur l'une de ses jambes à l'hôpital de Garches. Cependant, durant la quatrième opération, il est contaminé par un staphylocoque doré (maladie nosocomiale). Rongé par cette maladie, Guillaume en pleine force de l’âge, doit se faire amputer d'une jambe. Tourné juste avant l'intervention, Process, où il campe le mari d’une Béatrice Dalle suicidaire, est à ce moment-là sur les écrans.
En 2004, il sort « Tout donner », un livre-entretien aux allures de psychanalyse avec Marc-Olivier Fogiel.


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Catheriene HiegelCatherine Hiegel

Catherine Hiegel est née le 10 décembre 1946 à Montreuil en Seine-Saint-Denis.
Sortie de la promo 1968 du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, elle intègre immédiatement la Comédie-Française en 1969.. Elle y travaille avec des metteurs en scène aussi variés que Philippe Adrien, Patrice Chéreau, Dario Fo, Joël Jouanneau, Jacques Lassalle, Jean-Paul Roussillon , Giorgio Strehler ... dans le répertoire classique et contemporain. Elle devient sociétaire de la Comédie-Française en 1976.

En 1986, elle fait ses premiers pas au cinéma dans L'Etat de grâce de Jacques Rouffio aux côtés de Nicole Garcia et Sami Frey. Mais c'est son interprétation d'une infirmière inquiétante au côté de Daniel Gélin dans La Vie est un long fleuve tranquille (1987) d'Etienne Chatiliez qui l'a révèle du grand public. Année où elle tourne également dans un long-métrage réalisé par Josiane Balasko, Les Keufs. Une collaboration qui est réitérée en 1991 avec Ma vie est un enfer. Catherine Hiegel s'investit dans des rôles au théâtre à la Comédie-Française et au Théâtre national de la Colline. Grande comédienne de théâtre, elle accepte également des rôles dans des fictions télévisuelles souvent historiques comme dans Une page d'amour d'Elie Chouraqui, Le Bourgeois gentilhomme de Pierre Badel, Maupassant de Claude Santelli.

En 1993, Jean-Jacques Zilbermann lui offre un rôle dans son premier long-métrage Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes. Elle collabore de nouveau avec le cinéaste dans L' Homme est une femme comme les autres (1998) après avoir retrouvé Josiane Balasko dans une comédie sur l'homosexualité, Gazon maudit (1995). Souvent choisie pour interpréter des rôles sombres, la comédienne est au côté de Claude Brasseur dans le touchant L' Autre côté de la mer de Dominique Cabrera. S'en suit un film policier Hygiene de l'assassin de Francois Ruggieri. En 2002, Bertrand Blier lui propose d'incarner La Mort dans Les Côtelettes où elle partage l'affiche avec Philippe Noiret et Michel Bouquet. La Vie est à nous ! (2005) lui permet de retrouver Josiane Balasko dans une comédie dramatique où elle interprète une tenancière d'un café restaurant.

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Crazy, c'est le titre d'une chanson de Patsy Cline, qu'écoute en boucle un père de famille québécois, fan également de Charles Aznavour. C'est aussi la succession des initiales de ses cinq fils. C'est sur le quatrième d'entre eux, Zachary, que le film de Jean-Marc Vallée se concentre. Zachary est un enfant né presque mort, sauvé miraculeusement, doté de dons de guérisseur, couvé par sa mère, et qui grandit dans le Québec des années 60. Cet enfant a une seule idole : son père. Tout ce qu'il accomplit, c'est pour lui plaire. Le jour où ce dernier découvre son fils déguisé en fille, l'enfant décidera de lutter contre ses penchants, de nier sa propre nature, de s'inventer une vie normale. Par amour. Crazy est le récit d'une autocensure, un film drôle et poignant sur le refus de soi imposé par le souci d'être accepté par l'autre. Il s'en dégage une tristesse légère et une colère sourde. Parce qu'il sait éviter presque tous les clichés, il est aussi un plaidoyer convaincant qui touchera tous ceux pour qui le fait de dire sa différence a été ou est une souffrance. Il vaut aussi par le jeu de son interprète principal, quelque part entre Gaspard Ulliel et les garçons fantasmatiques de Greg Arraki. Une bouffée de tendresse.

Philippe Besson

 
 

 


On a abusivement présenté « Le secret de Brokeback Mountain » comme un western gay. Il n’est ni un western ni un film gay. Il est avant tout l’histoire universelle d’un amour impossible.
Nous sommes en 1963, dans le Wyoming. Pas de ranch à l’horizon, pas de saloon, pas de duel au revolver. Juste deux jeunes types, Ennis et Jack, vingt ans, qui viennent chercher un travail auprès d’un exploiteur bien ordinaire. Les voilà embauchés pour garder des moutons pendant une saison. Ennis est un taiseux, il a perdu père et mère, ne se plaint de rien, se mariera à la fin de la saison. Jack est un amateur de rodéo, en rupture de ban avec sa famille. Ces deux-là montent vers les grands espaces, où on les laissera tranquilles. Peu à peu, pourtant, s’insinue entre eux une fraternité, et puis une intimité. Le trouble qu’ils ressentent n’est jamais montré, il est suggéré. Ang Lee, le réalisateur, a préféré le non-dit, l’ellipse et il a eu sacrément raison. Un soir où ils ont bu plus que de raison, les deux cowboys s’endorment ensemble sous la tente. Dans le creux de la nuit, dans une scène qui hésite entre le combat et l’étreinte, ils vont s’aimer pour la première fois. Le lendemain, Ennis prévient qu’il ne recommencera pas. Avant de rejoindre Jack à nouveau et de l’aimer pour de bon. A la fin de la saison, une fois le troupeau ramené, ils doivent décider la direction qu’ils entendent donner à leur existence. On songe à la scène paroxystique de « Sur la route de Madison », où Meryl Streep hésite à ouvrir la portière de la voiture pour rejoindre Clint Eastwood. Comme dans « Madison », les deux héros se séparent. Jack regarde dans le rétroviseur Ennis qui disparaît. Et Ennis s’écroule. Alors, ils vont s’inventer une vie, en se mariant, en faisant des enfants, en tentant d’oublier l’été de Brokeback Mountain. Mais quatre ans plus tard, Jack réapparaît, Ennis s’empare de sa bouche à l’instant des retrouvailles. Ils vont passer les quinze ans qui suivent dans la mystification et le mensonge, se retrouvant trois fois par an, sans jamais rien avouer de leurs amours clandestines.
Brokeback Mountain est un immense chant d’amour, un film épique et mélodramatique sur deux êtres qui auraient dû avoir une belle vie ensemble et qui vont se manquer tout le temps. C’est un film sur la résignation, le renoncement, l’automutilation. Mais qu’on ne s’y trompe pas, si ces deux-là choisissent de ne pas vivre leur amour au grand jour, ce n’est pas seulement à cause d’une Amérique puritaine et terrienne qui les étouffe. Pas seulement à cause d’épouses qui les obligent à une vie « normale ». C’est avant tout parce que cet amour dépasse leur propre entendement. Parce qu’il est au-delà de ce qu’ils peuvent même concevoir. Cet amour ne sera jamais dit. La seule confession viendra d’Ennis, à la fin : « Certains jours, tu me manques tellement que ce n’est tout simplement pas supportable ». Personnellement, je pourrais faire tenir toutes mes névroses dans cette seule phrase.

Philippe Besson







 


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Liens jours fragiles