En l'absence des hommes Son frère L'arrière-saison Un garçon d'Italie Les jours fragiles Un instant d'abandon L'enfant d'octobre Se résoudre aux adieux Un homme accidentel
Philippe Courtes plumes Media A l'affiche Forum
 
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4ème de couverture
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Un homme accidentel - Présentation
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D’abord il y a les fidélités Besson : le paysage de l’Amérique aimée et décryptée ; une société en décalage que l’on imagine prête à juger promptement… trop promptement ! Le sens du drame et de l’air – léger, si léger !- qui embaume des parfums de mort. L’écriture acérée, ramassée, à la première personne très singulière ; le journal de bord où « après » et « pendant » s’expliquent et s’arriment ; les fractures – évidemment - comme des lignes de vie, des lieux d’audace, des flux d’hormones. Et les fulgurances comme la Passion, celle de l’amour qui pousse, comme une évidence, deux êtres à se consumer.

« Pour tout dire, je menais une existence tranquille. J’ai attendu d’avoir trente ans pour que la foudre me tombe dessus. Vu ce qui s’est passé par la suite, on pourrait que je regrette cette tranquillité, le calme plat d’avant la tempête. On se tromperait. Pour sûr, je n’étais pas taillé pour les turbulences mais aujourd’hui, je me mettrais à genoux et j’implorerais d’être foudroyé à nouveau »

La Passion : celle dont on vit et dont on pâtit : deux hommes en l’occurrence que rien ni personne ne destinaient à s’aimer. Totalement, torridement et absolument. Comme une évidence. Et ce n’est pas un roman sur l’homosexualité, mais un roman sur l’inéluctable force d’aimer. C’est l’élégance de Thomas Mann au pays de Brokeback Moutain…

« Pour sûr, à plusieurs reprises, j’ai eu la possibilité de m’en sortir et je ne l’ai jamais saisie. J’aurais pu m’en tirer, c’est évident, et je ne l’ai pas fait. Donc les dégâts, à la fin, je ne les dois qu’à moi. Seulement voilà, on ne lâche pas la main du type qui s’enfonce dans les sables mouvants. On tente de le dégager, au risque d’être englouti soi-même. Et puis, aussi, quelquefois les sables mouvants exercent une telle fascination qu’on ne leur résiste pas ».


Deux être que tout sépare se trouvent brutalement réunis par la mort d’un inconnu. Aussitôt, entre ces deux-là, surgit, sans qu’ils s’y attendent et sans qu’ils puissent s’y opposer, un sentiment violent. Un sentiment qui va les arracher à la solitude et au mensonge.

« A l’instant précis de notre rencontre, je veux dire : lorsqu’il a été là, devant moi, dans le matin du monde, avec sa beauté fracassante et ensommeillée, et son air de survivant, il ne s’est produit aucun déclic, je le jure. Il est tentant, je suppose, d’imaginer que tout s’est joué en une fraction de seconde, que tout a basculé sur un premier regard, ou sur une poignée de main, mais non […] Moi, je m’en tiens à la vérité, elle n’a pas besoin de surenchère. »

Parce que c’était lui, parce que c’était moi. La Forza del destino ! Celle, tragique, qui fait que ce pourquoi l’on vit est ce pourquoi l’on meurt. Aussi !

« J’ai laissé ma main dans la sienne, commis cette erreur fatale. Oui, à cette seconde, c’est certain, j’ai signé mon arrêt de mort. Si j’avais eu le réflexe de la retirer, ma main, si j’avais refusé l’étrange solennité et l’étrange tendresse de sa demande, nous en serions probablement restés là. Car la magie aurait été instantanément brisée. Le dialogue sans paroles aurait été rompu. Mais les choses ne se sont pas passées ainsi.
Je ne me suis pas soustrait à son désir. »

Insondable force de deux êtres qui s’aiment et s’aimantent, jusqu’à l’extrême. Il y a tout de ce qui fait battre les cœurs ; la fidélité, aussi, et le manque, surtout ! Sublime….

«  Les jours où j’ai vraiment mal, je vais jusqu’à ouvrir le tiroir de la commode où sont entassées des photos de Jack. Je les feuillette jusqu’à la nausée. D’abord, je les trouve fausses. Je veux dire : elles ont immobilisé quelque chose de lui qui n’était pas lui, elles sont une imposture. Et puis, je suis content d’être un de seuls en mesure de détecter cette imposture, de connaître la vérité derrière la mystification. Je scrute les clichés et je me rappelle l’affolement parfois de son regard, le frémissement de ses narines, la légère ouverture de ses lèvres, le battement de la veine à son cou, le rebond de sa pomme d’Adam, la rondeur de ses épaules, l’étreinte de ses bras. Les photos ne captent pas cela, elles le suggèrent de temps en temps, il leur manque l’épaisseur, la sensualité. Je referme le tiroir d’un coup sec. J’enfile un jean et un tee-shirt sans prendre la peine de me doucher. Je vais courir sur les montagnes russes de Venice Beach. »

Il faut y suivre cet « Homme accidentel ». On n’en revient pas intact. Mais le feu qui s’allume en nous a, alors, le goût des soleils ardents.